(16.08.2007) Ali Benouari s’exprime sur les enjeux de la laïcité en Suisse et les objectifs de l’Association suisse des musulmans pour la laïcité (ASML), basée à Genève, dont il est le fondateur et le porte-parole.
Malraux disait au siècle dernier que «le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas». De nombreux prophètes de malheur, se référant aux tragiques événements de septembre 2001 et aux nombreux conflits associés à l’Islam, s’empressent de lui donner raison. Surfant sur la prétendue incapacité de cette religion à intégrer les valeurs démocratiques, réputées être «judéo-chrétiennes» (!).
Il est vrai que «l’Islam visible» offre le triste spectacle d’une identité mal assumée. Ses défenseurs officiels aggravent le malaise, en refusant de dénoncer les outrances commises au nom de leur religion, se bornant à dénoncer, dans un unanimisme suspect, les «outrages» dont celle-ci serait régulièrement la victime.
Sans contredire Malraux, nous sommes tentés de dire, plutôt, que ce siècle sera laïc ou ne sera pas. Comme ont pu l’expérimenter juifs et chrétiens, il n’y a, en effet, que peu de chances que ce «pseudo-choc des civilisations» puisse se régler jamais à coup d’arguments religieux.
C’est pourquoi de nombreux musulmans cherchent à se réapproprier leur foi, à travers l’affirmation d’une identité individuelle et civile. Ils comprennent de mieux en mieux que seul un cadre laïque et démocratique peut sauvegarder leurs libertés fondamentales, au nombre desquelles, bien sûr, le libre exercice de leur foi.
La tradition humaniste et laïque de Genève
C’est dans ce contexte qu’est née, le 20 septembre dernier, l’Association suisse des musulmans pour la laïcité (ASML). Le choix de cette date n’est pas innocent. C’est, en effet, le 20 septembre 1876 qu’était promulguée la loi sur les cimetières, à l’initiative du conseiller d’Etat radical Antoine Carteret. Une loi qui a assuré la paix confessionnelle à Genève et préparé celle de 1907 sur la séparation des églises et de l’Etat.
L’ASML a donc délibérément choisi d’ancrer sa démarche et sa philosophie dans la tradition libérale, humaniste et laïque de Genève.
Son objectif unique est de «promouvoir l’intégration citoyenne, sur une base laïque, de la communauté musulmane établie en Suisse». Les membres de cette communauté, guère tentés par les discours religieux sont, du reste, dans leur majorité acquis aux valeurs de la société suisse et à l’idéal de laïcité.
Le rapport sur «la vie musulmane en Suisse», établi en 2005 par la Commission fédérale des étrangers le révèle clairement, au moment où la Commission fédérale contre le racisme dénonce leur discrimination croissante et réclame un engagement actif contre les préjugés dont ils sont victimes.
Rien ne justifie la violence et le crime
L’ASML s’attachera à rendre justice à cette communauté, en l’engageant à être plus visible et mieux intégrée, opposée qu’elle est à toute forme de repli communautaire et à tout ce qui peut le susciter ou le ressusciter.
Elle militera, en particulier, en faveur de la liberté de conscience, convaincue que c’est la séparation des pouvoirs temporel et spirituel qui a permis l’émergence de la Démocratie moderne comme les progrès accomplis par l’humanité dans bien des domaines.
Nous ne sommes dupes de rien, et surtout pas du formidable fonds de commerce que l’Islam représente pour les courants politiques ou religieux qui, en Occident comme au sein même des pays musulmans, partagent la même approche populiste du pouvoir. L’extension de l’idée de laïcité chez les musulmans préviendra les violences inacceptables nées de la déraison ou de l’exploitation politique de banales questions de société, liées à la place de la religion dans la société.
Pour autant, l’ASML ne renverra pas dos à dos ceux qui offensent et ceux qui tuent, pas plus qu’elle ne dira, hypocritement: «certes, il y a eu des violences, et nous les déplorons, mais elles s’expliquent par tels ou tels comportements malveillants». Elle dira plutôt: «certes, il y a eu des intentions offensantes ou maladroites, mais rien ne saurait justifier que l’on y réponde par la violence et le crime». Car la liberté d’expression, normée par la loi, ne saurait être autrement censurée, a fortiori par la violence.
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